Changer le paradigme d’analyse de l’offre illicite et du trafic de drogues en France

Étude de cas

Martinique et Sainte-Lucie

Martinique et Sainte-LucieMartinique et Sainte-Lucie

La Martinique est devenue une plaque tournante clé où circulent la cocaïne, les armes à feu et les personnes, redéfinissant ainsi les dynamiques criminelles dans l'ensemble des Caraïbes et alimentant les chaînes d'approvisionnement qui visent l’Europe. L'île se trouve au cœur des itinéraires régionaux de trafic, ce qui en fait à la fois un carrefour et un point de pression au sein de l'économie du trafic de drogues plus large.

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Fort-de-France, un nœud stratégique

À Fort-de-France, le terminal à conteneurs modernisé du Grand port maritime est devenu un nœud clé du trafic de cocaïne dans les Petites Antilles. Malgré d’importants investissements dans la modernisation de ses infrastructures, le port reste très vulnérable à l’exploitation. Les magistrats locaux le décrivent comme « un fromage plein de trous », où la faiblesse de la surveillance et la complicité d’éléments internes créent des opportunités pour les réseaux criminels. Ces failles permettent aux trafiquants d’exploiter les flux commerciaux légitimes afin d’acheminer de la cocaïne via le port.

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Une toile d’acteurs criminels locaux

Il y a dix ans, le commerce de cocaïne en Martinique était dominé par une figure clé, Kevin Doure, dont les opérations reflétaient une structure centralisée. Suite à son arrestation et à sa condamnation, le paysage s’est fragmenté en une constellation d’acteurs plus petits. Aujourd’hui, ce commerce est le fait de groupes aux liens fluctuants opérant en parallèle. Cette évolution témoigne de la professionnalisation des réseaux locaux et d’un marché plus fluide et plus adaptatif.

L'économie de la cocaïne a désormais la forme d’une hiérarchie peu structurée. Au sommet se trouvent les organisateurs, qui négocient l'approvisionnement et coordonnent la logistique. En dessous d’eux se trouvent des opérateurs de confiance chargés du transport, du stockage et de la contamination des conteneurs, souvent rémunérés en partie en cocaïne. Cette rémunération en nature favorise la prolifération de petits réseaux indépendants, les bénéficiaires revendant le produit au sein de leurs propres cercles. Au niveau de la rue, la distribution est fragmentée, avec un roulement élevé et une structure minimale. Il en résulte un système décentralisé qui fragmente les expéditions en gros en marchés au détail dispersés.

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Itinéraires et flux

La cocaïne circule dans les Petites Antilles par une grande variété d’itinéraires, ce qui constitue ainsi un système extrêmement adaptable. En mer, des vedettes rapides, des bateaux de pêche et des voiliers transportent des cargaisons d’Amérique du Sud et des îles voisines, en utilisant des criques isolées et en effectuant des débarquements de nuit pour éviter d’être repérés. Les voies maritimes commerciales sont également largement exploitées, la cocaïne étant dissimulée dans des conteneurs ou cachée au sein de cargaisons légitimes. Dans les airs, les vols régionaux, le fret postal, les colis express et les services d’envoi constituent des canaux supplémentaires. Plutôt que de se substituer les unes aux autres, ces méthodes existent en parallèle, permettant aux trafiquants de s’adapter rapidement aux changements dans la pression exercée par les forces de l’ordre.

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Corruption

Le trafic de drogue dans les Antilles françaises repose en grande partie sur la corruption au sein des structures en charge de la logistique portuaire, où des membres clés du personnel sont cooptés pour faciliter le transport de cocaïne. Dans ce contexte, le fait de pouvoir compter ne serait-ce que sur un seul docker corrompu peut s’avérer extrêmement lucratif, générant, selon certaines sources, jusqu’à 100 000 € pour les acteurs criminels. Les méthodes vont de pots-de-vin versés au personnel de sécurité pour fermer les yeux sur des irrégularités à l’exploitation du personnel administratif et des entreprises de logistique privées. Ces failles rendues possibles par des complicités internes permettent aux trafiquants de contaminer des conteneurs, de contourner les contrôles et d’acheminer leurs cargaisons avec un risque limité.

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La prison de Ducos – une plaque tournante clandestine

La prison de Ducos, près de Fort-de-France, est devenue une plaque tournante clandestine de l’activité criminelle dans les Caraïbes, où les réseaux criminels continuent d’opérer en détention – et, dans certains cas, de s’étendre. La faiblesse du contrôle institutionnel au sein de l’établissement pénitentiaire a ouvert la porte à la circulation de drogues, d’armes et de téléphones portables illicites, ce qui permet aux détenus de coordonner leurs opérations à l’extérieur. À l’intérieur, des trafiquants originaires de la Martinique, de la Guadeloupe et de Saint-Martin interagissent avec des homologues du Venezuela, de Colombie et de la République dominicaine, facilitant ainsi l’échange de contacts, de méthodes et d’opportunités.

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Liens régionaux

Sainte-Lucie est devenue un point de relais clé pour les itinéraires de trafic de cocaïne à travers les Caraïbes orientales, servant de plaque tournante rassemblant les cargaisons en provenance de Colombie, du Venezuela et du Suriname, qui sont ensuite acheminées vers la Martinique, la Guadeloupe ou l’Europe. Sa position entre les principales îles, combinée à des moyens de répression limités, en fait une base idéale. Les cargaisons de cocaïne y sont regroupées et reconditionnées avant d’être transportées vers le nord, faisant de l’île un maillon discret mais essentiel dans la chaîne régionale du trafic.

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Cet outil numérique a été développé par l’Observatoire des Caraïbes, l’Observatoire du crime organisé en Europe et l’Observatoire des économies illicites du bassin de l’Amazone de The Global Initiative Against Transnational Organized Crime (l’Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale, GI-TOC). S’inscrivant dans le cadre de l’analyse plus large menée par la GI-TOC sur le trafic de drogues transatlantique, ce projet a été financé par la MILDECA, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives du gouvernement français, placée sous l’autorité du Premier ministre.

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