Changer le paradigme d’analyse de l’offre illicite et du trafic de drogues en France

Étude de cas

Le Sahel

Le Sahel

Au Sahel, les bouleversements politiques ont poussé les réseaux de trafic de drogues à abandonner leurs plaques tournantes traditionnelles, à établir de nouveaux corridors et à se diversifier en empruntant des voies aériennes et maritimes. Bien que la violence puisse perturber temporairement les flux, le trafic se poursuit, s’adaptant sans cesse à l’instabilité.

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Un carrefour entre l’Afrique et l’Europe

Le Sahel constitue le maillon central d’une vaste économie transcontinentale de la drogue. Les flux de cocaïne pénètrent en Afrique de l’Ouest par le golfe de Guinée et se dirigent ensuite vers la Libye, porte d’entrée clé vers les marchés d’Afrique du Nord et d’Europe. Les cargaisons arrivant dans des États côtiers tels que le Togo ou le Bénin sont acheminées vers le nord en passant par le Mali ou le Niger. Ces flux convergent ensuite vers les corridors du désert sahélien avant de se diriger vers la Libye, où des réseaux de trafic bien établis les acheminent vers des points de départ sur les côtes de la Méditerranée.

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L'instabilité politique perturbe les itinéraires du trafic

Les récents bouleversements politiques au Niger et au Mali ont profondément bouleversé le contexte sécuritaire et les dynamiques du trafic au Sahel. Le coup d’État de juillet 2023 au Niger, qui a renversé le président Mohamed Bazoum, a démantelé des réseaux de longue date entre les élites politiques et les opérations de trafic. Cela a créé un climat d’incertitude dans lequel les trafiquants clés ont perdu la protection qui leur était fournie et ont réduit leurs activités. Parallèlement, le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) en 2023 a déclenché une escalade rapide du conflit entre les groupes armés et l’armée malienne. Ensemble, ces changements ont déstabilisé les corridors traditionnels de trafic, intensifié la violence et contraint les réseaux à s’adapter ou à rechercher de nouveaux itinéraires, perturbant ainsi l’équilibre de longue date qui permettait aux drogues de circuler de manière relativement prévisible dans la région.

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Les itinéraires du trafic de drogue s'adaptent aux dynamiques des conflits

Les fluctuations du conflit dans le nord du Mali sont en train de redessiner les itinéraires du trafic de drogue traversant le désert. Les convois, qui empruntaient autrefois des corridors bien établis, sont de plus en plus souvent redirigés vers des pistes plus isolées afin d’éviter les zones urbaines disputées. Ces adaptations s’accompagnent de risques opérationnels accrus. En terrain découvert avec peu de couverture, les véhicules sont plus faciles à repérer, et les récentes frappes aériennes et par drones – signalées dans des localités telles que Lerneb et Anefis – ont mis en évidence la vulnérabilité croissante de ces mouvements. En conséquence, chaque trajet comporte désormais un risque accru d’interception.

À mesure que les combats s’intensifiaient autour de Kidal et que l’accès à Anefis et Tabankort devenait impossible, le nombre de convois de transport de drogue traversant la région a considérablement diminué. Cela a eu un impact direct sur les intermédiaires tels que les chauffeurs, les guides et les fixeurs, dont les moyens de subsistance dépendent de ces flux. Beaucoup d’entre eux se sont retrouvés sans travail, les réseaux ayant déplacé ou suspendu leurs activités.

Recours accru aux itinéraires aériens et maritimes

Outre la reconfiguration des corridors terrestres, les trafiquants recourent de plus en plus aux itinéraires aériens et maritimes pour acheminer des cargaisons importantes hors du Sahel. La cocaïne est désormais transportée par avion depuis Bamako et Niamey vers l’Europe, à l’aide de coursiers sur des vols commerciaux, ainsi que par avions privés qui échappent aux contrôles de routine. Parallèlement, les flux maritimes se sont développés dans l’Atlantique : la cocaïne part du Maroc, transite par des plaques tournantes côtières d’Afrique de l’Ouest et se dirige vers l’Europe – ou, dans certains cas, fait une boucle vers l’ouest pour revenir en Amérique du Sud. Ces itinéraires alternatifs offrent une certaine résilience face au conflit, permettant aux réseaux de trafic de diversifier leur logistique tout en conservant l’accès aux principaux marchés de consommation.

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Cet outil numérique a été développé par l’Observatoire des Caraïbes, l’Observatoire du crime organisé en Europe et l’Observatoire des économies illicites du bassin de l’Amazone de The Global Initiative Against Transnational Organized Crime (l’Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale, GI-TOC). S’inscrivant dans le cadre de l’analyse plus large menée par la GI-TOC sur le trafic de drogues transatlantique, ce projet a été financé par la MILDECA, la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives du gouvernement français, placée sous l’autorité du Premier ministre.

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